la chambre

en haut de l’escaler rouge, l’oscillation du rideau tendu devant le trou du grenier nous terrorise et nous guette, mais si l’on tourne à droite, vite, et que l’on referme la porte, on est sauf, une fois de plus. Les deux grands lits, la lampe aux franges à perles vertes, la table ronde, sans chaise à son pourtour, l’album où ils ont tous, sauf Raymonde – on a compris pourquoi –  et maman – là, c’est un peu moins clair – leur photographie de mariage. Il y a une fine feuille de papier qu’il faut soulever pour se repaître jusqu’à la nausée du blanc des robes, des fleurs, des voiles. Tout est à sa place, tout est silencieux. Le Christ sur sa croix est sage comme une image. Si l’on se glisse entre la table de chevet, le dos du bois du lit et le mur jaune, en rétrécissant son corps, en retenant son souffle, on atteint le seuil d’une minuscule chambre rose, c’est la chambre des livres. Deux rayonnages creusés dans l’épaisseur du mur et 374 toiles d’araignées. On ne fait pas le ménage chez les livres. Alors les après-midi d’ennui, les après-midi de sieste, les après-midi de pluie, on se glisse, on se rétracte, on ferme ses yeux pour ne pas voir les toiles, c’est la première fois que l’on compte les secondes pour mesurer l’apnée, comme on le fera plus tard à la piscine, et l’on tend ses mains vers la bibliothèque rose. Et soudain, on disparaît, on s’éclipse, on rejoint François, Claude et Dagobert. On voyage en roulotte de cirque, on découvre une île avec des cachots, une tour en ruine dans la forêt bretonne. On croise aussi des oncles bourrus, des marins, des voleurs et des pirates. Claude est courageuse. François est raisonnable. Et le chien, toujours, nous sauve des grands-parents pas très tendres, des araignées, des siestes et des après-midi de pluie.