comme on fait son lit on se couche

ces deux-là ont fini par coucher ensemble parce qu’ils avaient commencé par là. Histoire d’hébergement, d’accueil, d’amitié. Il ouvrait sa maison comme d’autres leurs chemises. Des gens déjà dans le clic-clac, d’autres sur le matelas gonflable. Il restait son lit. Elle était donc dans son lit, toute droite, toute raide, loin à l’autre bout. Prenant soin de ne toucher à rien qui ressemblerait à un corps ou à de la peau. Elle ne dormait pas/il dormait peut-être. Ils rêvaient côte à côte ensemble équidistants.

et le lendemain matin timide, et la radio qui gueulait ses chansons d’amour à plein poumons

à Paris, c’est long ce temps d’installation estudiantine. Petites annonces, visites, fausses fiches de paie. La nuit, le lit du rêve commun, sans odeur d’amour encore, creusait sa rivière sourde entre leurs deux flancs. Dormait-elle/dormait-il? Il a bougé/elle s’est tournée. Ouvrir les yeux/vite les fermer. Ralentir son souffle. Faire croire que le sommeil est là.

et le lendemain matin timide, et la radio qui gueulait ses chansons d’amour à plein poumons

un jour les fausses fiches de paie paient. Séparation du rêve. Chacun son flanc chacun sa rive. Du 18 au 13ème, métro vélo marche autobus. Se voir peut-être. Le voulait-elle/le voulait-il? Elle a dit oui/ il est venu. Ouvrir les yeux/vite les fermer. Retenir son souffle. Faire croire que la rivière est là.

et le lendemain matin humide, et ces deux-là qui gueulaient leur chanson d’amour à plein poumons