pas beaucoup de temps aujourd’hui pour le travail. C’est un mercredi d’enfant. Quand même un saut chez Marguerite pour une belle récolte. J’ai aussi ramené dans mon filet à papillon Le chien d’Ulysse et Le colosse de Maroussi, des nouvelles japonaises et des Nouvelles orientales. Voilà, c’est tout. J’ai acheté un pantalon très large pour me cacher à l’intérieur et sentir le vent qui fait voler le tissu sur mes jambes. J’ai le cœur plus léger. Ce soir, je dormirai seule dans mon lit. Je m’en vais faire la soupe, la dernière peut-être avant l’hiver prochain.
Mois : Mai 2017
dimanche
dimanche. Jour du seigneur. Repos du guerrier. Nuit des musées. Magie du trait et de la couleur. Des vies entières consacrées au travail. Patience et détermination. Un univers à soi, fait d’ajouts et d’emprunts successifs. Les enfants dessinent à la table ce matin. Nous partageons cet espace plan. J’ai fini La princesse Maleine. Me mettre au travail maintenant. Me mettre à table. Cracher le morceau.
diariste
un homme ou une femme qui écrit, atteint de diarrhée. Cela arrive parfois, cette dysenterie des mots. Se précipiter car on ne peut pas se retenir.
après, être vidé et affaibli.
clap clap mes amis
il pleut comme vache qui pisse. Il mouille, c’est la fête à la grenouille. Les nappes phréatiques sourient, je me désole. Je porte mi-mai la doudoune de février. Rien ne va plus, les saisons sont cul par-dessus tête. C’est joli, l’été, en Asie, les grosses pluies chaudes des moussons tropicales. Les tongs font clap clap sous les voûtes plantaires. Là, l’eau m’attrape même sous l’abribus. Elle coule penchée, cette chienne ! Les escargots s’en donnent à cœur joie, C’est l’éclate assurée dans les jardins ouvriers. Roulades et glissades sur feuilles de salade. Comme quoi, le bonheur….J’avais ramené du Japon, un parapluie transparent. J’ai adoré marcher abritée sous presque rien. Volé devant l’entrée d’un magasin, je l’ai oublié à la sortie d’un restaurant italien, Amici mei, sottement laissé dans le porte-parapluie-qui-s’était-calmée.
sinon, côté travail, je lis Les yeux bandés, le Temps du rêve.
intermède espagnol
les enfants jouent au piano, un quatre mains très beau – spanish intermezzo, dit la partition – qui n’est pas encore au point. La musique, on est ravi quand les enfants s’y frottent mais là, à deux mètres à peine de ma table de travail, qui est aussi la table du salon et la table à manger, c’est juste impossible. Aucune pensée à attraper dans mon filet à papillon. Aucun mot, aucun espace puisqu’aucun silence. Il y a tant de tempêtes lexicales à calmer pourtant. Les mots volent comme des mouches par temps d’orage. Sortent du dessous et du dedans, s’unissent à ceux qui arrivent du dehors et du côté. Soulevant dans leur accouplement des mottes de terre dont on aperçoit mis à nus les racines et les vers. Tout le monde entre et sort et jette un œil sur l’ordinateur, m’adresse la parole alors que je suis en chasse, traque au cœur de la forêt une autre parole, volatile, transparente, partie nicher sous les mousses. Cela aussi, c’est impossible. Ce travail m’éloigne de ma famille, de mes amis, de la vie du monde. Et pourtant j’écoute la voix du monde d’une façon plus intense. Cette entrée en soi-même a un prix. Solitude, espace, temps. Tout ça.