Ô escalopes, Ô biftecks

Ô escalopes, Ô biftecks

Ô petits rôtis, Ô larges steaks

Ô carcasses suspendues dans l’arrière-boutique

Ô boucher, Ô billot, Ô grande scie électrique

Ô crochets, Ô rillettes

Ô hachoirs, Ô moulinettes

Ô gigots, Ô paupiettes

Ô abats abattus, Ô rognons tous nus,

Ô pieds de porcs alanguis

Ô langues de bœuf sorties

Ô sourires figés des veaux sous l’insulte

du crayon à papier qui attend à l’oreille

d’être dégainé pour marquer le papier

replié avec soin sur leurs têtes coupées

étouffant de honte sous le chiffre indiqué

par la petite aiguille qui oscille et balance

entre ses deux plateaux marquant l’infamie

de quelques grammes en moins, en trop, tant pis !

ça ira comme ça, ma p’tite dame ?

ça ira, oh oui, ça ira !

et après, nous rentrons dans nos belles demeures

nous tenant soudain cois face au rictus du veau