
tout n’est pas dur chez le crocodile. Les poumons sont spongieux, et il rêve sur la rive.
Henri Michaux, Tranches de savoir in Face aux verrous, Gallimard, 1954

tout n’est pas dur chez le crocodile. Les poumons sont spongieux, et il rêve sur la rive.
Henri Michaux, Tranches de savoir in Face aux verrous, Gallimard, 1954
ces deux-là ont fini par coucher ensemble parce qu’ils avaient commencé par là. Histoire d’hébergement, d’accueil, d’amitié. Il ouvrait sa maison comme d’autres leurs chemises. Des gens déjà dans le clic-clac, d’autres sur le matelas gonflable. Il restait son lit. Elle était donc dans son lit, toute droite, toute raide, loin à l’autre bout. Prenant soin de ne toucher à rien qui ressemblerait à un corps ou à de la peau. Elle ne dormait pas/il dormait peut-être. Ils rêvaient côte à côte ensemble équidistants.
et le lendemain matin timide, et la radio qui gueulait ses chansons d’amour à plein poumons
à Paris, c’est long ce temps d’installation estudiantine. Petites annonces, visites, fausses fiches de paie. La nuit, le lit du rêve commun, sans odeur d’amour encore, creusait sa rivière sourde entre leurs deux flancs. Dormait-elle/dormait-il? Il a bougé/elle s’est tournée. Ouvrir les yeux/vite les fermer. Ralentir son souffle. Faire croire que le sommeil est là.
et le lendemain matin timide, et la radio qui gueulait ses chansons d’amour à plein poumons
un jour les fausses fiches de paie paient. Séparation du rêve. Chacun son flanc chacun sa rive. Du 18 au 13ème, métro vélo marche autobus. Se voir peut-être. Le voulait-elle/le voulait-il? Elle a dit oui/ il est venu. Ouvrir les yeux/vite les fermer. Retenir son souffle. Faire croire que la rivière est là.
et le lendemain matin humide, et ces deux-là qui gueulaient leur chanson d’amour à plein poumons
nez à nez
le pendu la pendule
le buvard la buvette
la gale le galet
la crème et le crime
le phare la farine
le faisceau la fissure
le râteau la rature
Médée aime Jason qui aime Créuse qui aime Jason. Qui aime Médée ?
côte à côte marchant d’un bon pas
la douille et le douillet
la douve et le duvet
le fauve et la fauvette
le mobile et sa mobylette
le bar et sa barette
les mets leurs miettes
mademoiselle promène Son-Moi dans la grande ville. Il se tient en retrait, haletant, tirant légèrement sur sa laisse dans un mouvement délibéré de refus. Court sur pattes, sexe indéterminé dans les replis du ventre, et pourtant quelque chose ballotte sous les flancs aux poils ras mais on ne saurait dire. On ne saurait.
mademoiselle, tirée à quatre épingles tirant Son-Moi tirant vers l’arrière, hâte le pas. Pas le temps de s’arrêter à tous les lampadaires pour laisser Son-Moi renifler les vieilles urines d’autres Son-Moi, Ton-Moi ou Mon-Moi par exemple, ça par exemple ! Sur le trottoir, Mademoiselle marche, Son-Moi en bandoulière, queue fouettant les gaz d’échappement.
mademoiselle tangue, gîte. Mademoiselle penche, pense, panse peu épaisse rentrée quand même, fesses plus charnues divisées dans cette course à bout de course, la droite à droite, la gauche à gauche, le monde est en ordre et la ficelle du string au milieu, immobile, on dirait. Invisible sous le jean, on dirait. Disons-le. Inexistante, on dirait. Le dira-t-on ?
Son-Moi subitement à l’arrêt, à la raie
la tare/le tarin
la part/le parrain
la gratte/le gratin
la rade/le radin
la ronde et le rondin
la butte et le butin la pute et la putain la gourde et son gourdin
manque de bol