Ô escalopes, Ô biftecks

Ô escalopes, Ô biftecks

Ô petits rôtis, Ô larges steaks

Ô carcasses suspendues dans l’arrière-boutique

Ô boucher, Ô billot, Ô grande scie électrique

Ô crochets, Ô rillettes

Ô hachoirs, Ô moulinettes

Ô gigots, Ô paupiettes

Ô abats abattus, Ô rognons tous nus,

Ô pieds de porcs alanguis

Ô langues de bœuf sorties

Ô sourires figés des veaux sous l’insulte

du crayon à papier qui attend à l’oreille

d’être dégainé pour marquer le papier

replié avec soin sur leurs têtes coupées

étouffant de honte sous le chiffre indiqué

par la petite aiguille qui oscille et balance

entre ses deux plateaux marquant l’infamie

de quelques grammes en moins, en trop, tant pis !

ça ira comme ça, ma p’tite dame ?

ça ira, oh oui, ça ira !

et après, nous rentrons dans nos belles demeures

nous tenant soudain cois face au rictus du veau

Graal

lorsque je travaille à la librairie, la clé du tiroir-caisse est à l’exacte hauteur de mon pubis. Si je m’avance tout contre le bois, en me hissant imperceptiblement sur la pointe de pied, je peux faire se reposer le renflement qui précède le repli des grandes lèvres sur la surface métallique de la clé qui conduit à l’argent.

croupion, rognon et petit patapon

les reins vont par deux. Comme les yeux, les seins, les fesses, on les différencie l’un de l’autre. Le rein droit ; le rein gauche. Les lombes, eux, sont soudés, inséparables, indistincts. On aime à caresser une chute de rein, quand on fuit devant une chute de lombes qui évoquent alors la plomberie plus que la galanterie. Comme le dos, le cou, le cul, on se casse parfois les reins, mais c’est cette région dite lombaire que l’on se fait masser par un kinésithérapeute de préférence lombard. On a les reins solides et les lombes bombés. Les reins ont leur reine, les lombes n’ont rien pour eux, ils portent les seaux d’eau usée, ce sont les domestiques du château, ils vivent tout là-haut sous les combles. Les reins ont aussi leurs problèmes, le plus souvent de calcul. Dans l’acte sexuel, les reins opèrent un mouvement régulier de va et vient, tandis que les lombes, dans l’expectative, campent sur leur position. On peut vivre avec un seul rein, même sans aucun ; le sang s’en va faire un petit tour dans une machine appelée dialyse. Les lombes ne s’opèrent pas, ne se retirent pas, ce sont les arcs-boutants du bas du dos, les contreforts du corps. Ils maintiennent suspendues les fesses loin sous les omoplates. Que ferait-on sans ces puissants suspensoirs ? Nous aurions hélas, l’arrière-train collé aux dessous de bras ! Mais parlons justement anatomie. Si les lombes évoquent le croupion, indubitablement les reins appellent le rognon. Cuisiné, il existe mille recettes et les gourmands se battent pour le piquer de la fourchette.

Mademoiselle promène

mademoiselle promène Son-Moi dans la grande ville. Il se tient en retrait, haletant, tirant légèrement sur sa laisse dans un mouvement délibéré de refus. Court sur pattes, sexe indéterminé dans les replis du ventre, et pourtant quelque chose ballotte sous les flancs aux poils ras mais on ne saurait dire. On ne saurait.

mademoiselle, tirée à quatre épingles tirant Son-Moi tirant vers l’arrière, hâte le pas. Pas le temps de s’arrêter à tous les lampadaires pour laisser Son-Moi renifler les vieilles urines d’autres Son-Moi, Ton-Moi ou Mon-Moi par exemple, ça par exemple ! Sur le trottoir, Mademoiselle marche, Son-Moi en bandoulière, queue fouettant les gaz d’échappement.

mademoiselle tangue, gîte. Mademoiselle penche, pense, panse peu épaisse rentrée quand même, fesses plus charnues divisées dans cette course à bout de course, la droite à droite, la gauche à gauche, le monde est en ordre et la ficelle du string au milieu, immobile, on dirait. Invisible sous le jean, on dirait. Disons-le. Inexistante, on dirait. Le dira-t-on ?

Son-Moi subitement à l’arrêt, à la raie