Catégorie : sur le vif
palimpseste
à vendre(1)
à la fenêtre
le jardin botanique
a mother’s duty, Pieter de Hooch, 1658
la porte du fond est à demi-ouverte sur le tremblé d’un frêne ou d’un peuplier. Trois carreaux de terre cuite sont grandement fendus. Un large panier d’osier, pour le linge ou les bûches, est adossé à un coin de mur. La bassinoire brille, ronde et verticale comme le balancier d’une horloge immobile. Sous le temps arrêté, la mère absorbée par son ouvrage. Sous le regard baissé, les mains qui épouillent ou apaisent. Sous les mains, la chevelure de la petite fille. Sous le visage de la petite, les cuisses de la mère. Et leurs deux jupes emboîtées, la noire et la verte, la verte et la noire fondues en un seul drap de laine épaisse à gros plis. L’ourlet pareillement sali ; la terre de l’arrière-cour est entrée au cœur de la maison. La chaise est au bord de la bascule sous la poussée de la petite qui s’est précipitée – contrainte ou libre on ne saurait dire – vers le noir giron. De dos, le chien assis l’arrière-train tourné vers la table de bois, le piano, la cheminée condamnée, attend. La chute du temps, de la mère, de l’enfant, du jeune oiseau dans l’arbre, l’ouverture de la porte de la maison.
le frêne ou bien le peuplier – seul le chien est assez près pour faire la différence – a tremblé. Le souffle de vent qui traverse l’arrière-cour fait frissonner à son tour le feuillage sombre des arbres des trois tableaux de la pièce, le rideau du lit clos. La mère, noire en bas, rouge au milieu, blanche à l’encolure, sent passer sur sa nuque l’écho d’un mauvais rêve. Le rêve, mauvais, a quitté le creux de l’oreiller blanc tout au fond du lit clos, il a traversé la pièce s’arrêtant juste au-dessus de la mère et l’enfant. Il a croisé le regard du chien. Il ne s’est rien passé. Il a tourné les talons, chauffé son corps ankylosé dans le parallélépipède de lumière dessiné par la porte entrouverte. Il a regardé la carafe, rousse de bière maltée. Il ne s’est rien passé. Le mauvais rêve a quitté la maison. Il est dix heures. La nuit ne reviendra qu’au soir. La mère retire ses mains. L’enfant relève la tête et se rajuste. Le chien se remet à suivre du regard l’ombre des feuilles sur la terre cuite.





