poème sang bougé *

bloquée net

houle, tête, varech, goémon

agitée dans l’épaisseur des mots d’enfants d’adultes d’enfants

les muscles invisibles du corps encore à l’hôpital

 

nulle part

 

le nouveau-né nu

le nouveau-muet

en muselière

sans cri, sans faim, rien d’autre pour retrouver son chemin

 

quoi devenir petit canard sans connaissance noir-bâtard-indifférent englué dans

septembre-trop-tôt qu’importe son nom loin des terres utérines

 

je me tiens à l’intérieur du bocal    volets clos    sable gris

mère bien sûr s’éloigne, dérive hors de portée sans prise à peine balisée de pieux

on rassemble mes miettes en petit tas grains grossiers restés au bout des doigts ou

sur la table

 

les mots le souffle le silence

plient

et la mémoire pèse bouge lente

 

qu’importe le nom de cette fille

le vide la tient ferme

ici

on attend

 

le plus souvent ça suffit

 

le cœur se calme

tignasse morte dénouée au large

on rêve d’être au ras

dans l’eau et l’air

libre

 

on se ressemble

tout le corps à partir de la main

 

* presque-titre et pans entiers du texte empruntés pour la circonstance à Antoine Emaz, dans Caisse claire, Points, 2007 que je lis en ce moment à ma table, sans bouger

corps raccord

j’ai 2 ou 3 trucs à te dire par où te les dire ces trucs à te dire, mon corps, pour que tu les entendes de ma propre bouche est déjà tienne mes oreilles t’appartiennent tu aspires plus vite que moi-même dans le tuyau de ma gorge retire-toi de mon corps, mon corps, laisse un espace à mon silence écarte-toi construit pour moi en toi une place de village un endroit où je pourrais me tenir devenir crieur public une adresse-caisse de résonance mon corps, retrousse donc tes manches creuse empile aligne aplatis fais place nette à cette place vide alors tu pourrais souffler t’arrêter te suspendre me surprendre écouter ma voix sur ta voie publique les mots viendraient du ventre les sons viendraient du centre jailliraient immédiats ne perdraient plus leur temps à gravir les sentiers raides jusqu’au cerveau du palais ; ils sortiraient diamants bruts ni polis ni brillants ; ils sortiraient gemmes vivantes cailloux coupants gros grains graisseux non avalés non digérés intacts non encore fractionnés par la digestion lisse de la parole buccale je serais ventriloque, tu serais marionnette ; nous nous manipulerions mon ventre dans ton ventre avec ses joyaux lourds comme des chevreaux dans un ventre de loup noir des mots restés en grappe en noyaux noyés dans les boyaux dans les conduits dans notre tuyauterie commune, mon corps, nous partageons tout, trop, orifices liquides interstices vésicules tentations tentacules si tu es sage, mon corps, docile, nous échangerons nos places ; tu seras ventriloque, je serais marionnette nous ferons apparaître des lièvres des lèvres du chapeau en grande forme en grande pompe nous serons éclatants réunis travaillant de concert sans fausse note magicien contralto costume fait sur mesure cent issues possibles même menotté dans un caisson rempli d’eau glacée disparition probable par dispersion des fluides mets-toi au travail à l’ouvrage à la tâche, qu’attends-tu ?

t’échapper, me fuir, mais c’est trop tard, regarde, mon corps, je t’attache, regarde bien les fers qui entourent tes chevilles tu ne pourras plus courir ni t’éloigner de moi tu trébucheras à chaque pas en me tirant au bout de ta chaîne je roulerai si vite que je t’entraînerai dans ma chute mais chut ! mon corps, écoute écoute ma voix qui veut te dire encore que tu ne peux vivre sans moi cent mois

larme du con

cet œil ouvert humide qui ne regarde personne qui

attend un homme en général mais aucun homme en particulier

cligne mon con cligne digne groin grimé

grince grimace grogne chasse choisit repère espère aspire